Titra Film, créée en 1933 par deux frères d’origine russe, a failli disparaître dans les années 2010 avec la révolution numérique. Elle a survécu et fait office de pierre angulaire pour des dizaines de films présentés au Festival de Cannes.

L’histoire de Titra Film pourrait inspirer une passionnante saga cinématographique. Cette société implantée à Saint-Ouen depuis 2006, et spécialisée dans le sous-titrage, est née en 1933 sous la houlette d’émigrés juifs russes, les frères Kagansky.

Au début du cinéma parlant, les films devaient voyager. Les frères Kagansky ont développé un système révolutionnaire permettant de transposer sur pellicule un procédé utilisé dans l’imprimerie. Howard Hawks sera le premier à confier un film, « Scarface », au génie des frères Kagansky. Charlie Chaplin viendra en personne dans les studios de Titra Film, situés à l’époque à Jonville-Le-Pont (Val-de-Marne).

Mais cette idée de génie ne survivra pas à la révolution numérique des années 2010. Avec la disparition de la pellicule et son remplacement par des fichiers numériques, la PME familiale a bien failli disparaître.

David Frilley, 39 ans, et sa belle-sœur, Sophie Frilley, 43 ans, incarnent la quatrième génération à la tête de Titra Film. Sophie se rappelle avec un certain effroi : « En 2014, il se disait à Cannes Titra Film va fermer. Notre chiffre d’affaires avait fondu en trois ans », indique-t-elle.

Contre toute attente, en 2017, l’entreprise octogénaire tient toujours le haut de l’affiche. « Nous sommes bénéficiaires et notre chiffre d’affaires est en croissance constante », indique Sophie Frilley, qui garde jalousement ces données dans cet univers hautement concurrentiel. Cette année, son plan de charge pour Cannes est éloquent : une centaine de longs-métrages, en lice pour les différentes sélections du festival, se bousculent chez Titra Film.

Après des années noires, cette embellie tient à la fois d’une capacité d’anticipation assez bluffante et d’une gestion en bon père de famille. « Il fallait réinventer un nouveau modèle économique et un nouveau métier dans une technologie que personne ne maîtrisait jusque-là, confie Sophie Frilley. Nous avons mis trois ans à rebondir ». Titra Film va ajouter à son savoir-faire initial le doublage, en rachetant en 2010 les Studios de Saint-Ouen. « Nous nous sommes acheté un avenir », résument les deux dirigeants.

Signe de la vitalité du créneau, en plus des six studios existants, six autres sont en cours de construction pour le doublage télé. Cette année, une quarantaine de films sont doublés chez Titra… dont pas mal de blockbusters. Cette semaine, c’était au tour des petits personnages jaunes de Moi Moche et Méchant 3 d’envahir les studios de l’avenue Michelet. Ces films d’animation drainent aussi leur cortège de célébrités : Marion Cotillard et Guillaume Canet, étaient venus poser leur voix sur les Minions en 2016.

L’explosion des séries et les nouveaux supports de diffusion ont démultiplié les perspectives de l’entreprise. Netflix vient de lui confier le sous-titrage de 80 longs-métrages en 25 langues. Un défi qui n’effraie pas cette start-up de 83 ans et de 90 salariés. Pour conforter sa position, elle a développé en interne une plate-forme collaborative, My Titra, dédiée aux professionnels du sous-titrage et du doublage. « Elle permet de recruter des traducteurs. Elle donne accès à des projets en ligne qui peuvent être enrichis et validés. Le tout dans un environnement ultra-sécurisé », précise Stéphane Chirol, directeur des ventes.

Grâce à ces nouveaux outils, Titra Film fait toujours la course en tête.

Crédit : leparisien.fr